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Coiffures de femmes dans la numismatique romaine

 

 

 

LES COIFFURES DE FEMMES DANS LA NUMISMATIQUE ROMAINE

Les femmes dans la numismatique romaine, à partir de Livie, épouse d'Auguste, vont former une incomparable galerie nous permettant de retrouver l'évolution de l'art de la coiffure féminine dans la Rome antique.

Buste d'époque flavienne. Coiffure en " nid d'abeilles " ou en " diadème ".

Musée du Capitole à Rome

 

La principale caractéristique de ce buste d'époque flavienne est le détail de la coiffure constituée principalement de petites boucles en " nid d'abeilles " formant un diadème.

Cette coiffure mise à la mode par Julia, fille de l'empereur Titus(79-81) connut un grand succès chez les élégantes de la société romaine. Mais pour réaliser ces monumentales préparations, les romaines ne pouvaient se dispenser de l'ornatrix dont la fonction était non seulement de coiffer mais aussi de maquiller, d'épiler.

 Les techniques sont par ailleurs nombreuses et varièes. Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle(30,124 et 131) donne quelques recettes :

 

-Capillum lysimace flavum facit, denigrat hypericum,

quod et corissum vocatur, item ophrys herba,

denticulato holeri similis, foliis duobus. Nigritiam

dat et Polemonia in olco decocta.

 

-La lysimaque blondit les cheveux, le millepertuis,

encore appelé corissum, les teint en noir, de même que la

plante nommée ophrys, qui ressemble au chou dentelé, et qui

n'a que deux feuilles. La polémonia cuite dans l'huile les

teint aussi en noir.

 

Les femmes, à Rome, aiment les cheveux blonds. Aussi font-elles venir de Germanie des perruques (Nunc tibi captivos mittet Germania crines. Maintenant la Germanie t'enverra les chevelures de ses femmes, nos esclaves. Ovide, Les Amours, Livre I, 14) ou bien se font-elles décolorer les cheveux avec un savon caustique, la spuma caustica ou Batava (cité par Martial auteur d'épigrammes)

Mais Ovide (Les Amours, Livre I, 14) montre les dangers de ces procédés :

 

-Dicebam " medicare tuos desiste capilos."

Tingere quam possis, jam tibi nulla coma est.

at si passa fores, quid erat spatiosus illis ?

Contingerant inum, qua patet usque, latus.

quid, quod erant tenues, et quos ornare timeres,

Vela colorati qualia Seres habent,

Vel pede quod gracili deducit ranea filum,

Cum leve deserta sub trate nectit opus.

Nec tamen ater erat, neque erat tamen aureus ille,

Sed, quamvis neuter, mixtus uterque color,

Qualem clivosae madidis in vallibus Idae

Ardua derepto cortice cedrus habet.

Adde, quod et dociles et centum flexibus apti

Et tibi nullius causa doloris erant.

Non acus abrupit, non vallum pectinis illos ;

Ornatrix tuto corpore semper erat.

Ante meos oculos saepe est ornata nec umquam

Brachia derepta saucia fecit acu.

Saepe etiam nondum digestis mane capillis

purpuco jacuit semisupina toro ;

Tum quoque erat neclecta decens, ut Threcia Bacche,

Cum temere in viridi gramine lassa jacet.

Cum gracilis essent tamen et lanuginis instar,

Heu ! male vexatae quanta tulere comae !

Quam se praebuerunt ferro patienter et igni,

Ut fieret torto nexilis orbe sinus !

Clamabam " scelus est istos, scelus urere crines ;

Sponte decent ; capiti, ferrea, parce tuo.

Vim procul hinc remove ! non est qui debeat

Erudit admotas ipse capillus acus "

Formonsae periere comae, quas vellet Apollo,

Quas vellet capiti Bacchus inesse suo ...

 

-Je te disais bien : " Cesse de teindre ta chevelure. "

Maintenant tu n'as plus de cheveux à teindre. Et pourtant,

si tu les avais laissés sans les coiffer, qu'y avait-il de

plus long qu'eux ? Ils te descendaient jusqu'au bas des

reins. Et ce n'est pas tout : ils étaient si fins que tu

craignais de les peigner, semblables aux tissus fabriqués par

les Sères au teint basané, ou au fil que, de sa patte grêle,

étire l'araignée, lorsque, sous les combles déserts, elle

trame sa toile légère. Leur couleur n'était pas noire ; elle

n'était pas celle de l'or ; mais, sans être l'une ni l'autre,

elle tenait les deux. Telle, dans les humides vallées du

mont Ida escarpé, la couleur d'un cèdre élancé dont on

a enlevé l'écorce. Ajoute qu'ils étaient souples, qu'ils se

prêtaient à mille arrangements, sans qu'on te causât

pour cela la moindre douleur. Ni l'aiguille à friser, ni les

dents du peigne ne les cassèrent. Celle qui te coiffait n'avait

jamais rien à craindre pour elle. Souvent sa maîtresse

n'a été coiffée sous mes yeux et jamais elle ne lui arracha

l'aiguille à friser pour lui piquer les bras. Souvent aussi,

le matin, ses cheveux encore en désordre, elle resta à

demi étendue sur son lit que couvrait une étoffe de

pourpre. Mais alors, dans ce négligé, elle était belle,

comme une bacchante de Thrace, qui, fatiguée, s'est

étendue sur le vert gazon en une attitude abandonnée.

Quoi qu'ils fussent aussi souples que le duvet, quels trai-

-tements cruels, hélas ! ont subi tes cheveux. Avec quelle

patience ils se sont prêtés à la torture du fer chaud, pour

que leur masse flexible s'arrangeât en tresses ondulées.

Je criais : " C'est un crime, oui, un crime de brûler tes

cheveux ; ils te vont très bien naturellement ; cruelle,

épargne ta tête. Loin de toi cette violence ! Ce ne sont

point des cheveux à brûler au fer ; ils montrent d'eux-

-mêmes sa place à l'aiguille. "

Les voilà perdus, ces beaux cheveux, dont Apollon, dont

Bacchus auraient voulu orner leur tête ...

 

De même l'auteur chrétien Tertullien (Carthage 150-160-222 ?) critique ces artifices (De cultu feminarum, Sur la mise des femmes, 2, 6).

 

-Video quasdam et capillum croco vertere.Pudet eas etiam nationis suae quod non Germaniae atque Galliae sint procreatae. Ita patriam capillotransferunt. Male ac pessime sibi auspicantur flameo capite et decorum putant quod inquinant. Atqui et detrimentum crinibus medicaminum vis inurit et cerebro perniciem etiam cujuslibet sinceri humoris assiduitas reservat, tum solis animando simul et siccando capillo exoptabilis ardor. Quis decor cum injuria ? Quae cum immunditiis pulchritudo ? Crocum capiti suo mulier christiana ingeret ut in aram ? Quodcumque enim immundo spiritui excremari solet, id nisi probis et necessariis et salubribus usibus adhibeatur, ad quod Dei creatura prospecta est, sacrificium videri potest. Sed enim dominus ait : " Quis vestrum potest capillum atrum ex albo facere aut album ex atro ? " Hae quae revincunt Deum : " Ecce, inquiunt, pro albo vel atro flavum facimus, gratiae faciliorem " ...

Tertullien

 

-J'en vois également qui se teignent les cheveux au safran : elles rougissent même de leur nation, regrettant qu'on ne les ait pas fait naître en Germanie ou en Gaule. Aussi changent-elles de patrie ... par leurs cheveux. Mauvais, très mauvais présage pour elles qu'une tête couleur de flamme ! De plus, elles croient embellir ce qu'elles dégradent : c'est un fait que la puissance corrosive des drogues nuit à la chevelure et que, d'autre part, l'application répétée de n'importe quel liquide, même pur, est la ruine assurée du cerveau, de même que l'ardeur du soleil dont on a besoin aussi bien pour arriver que pour sécher les cheveux. L'attrait va-t-il jamais de pair avec un dommage ? La beauté avec des souillures ? Une chrétienne mettra du safran sur sa tête comme sur un autel ? Tout produit, en effet, qu'on a coutume de brûler pour l'esprit impur - à moins d'être employé aux usages normaux, indispensables, bénéfiques, prévus par Dieu quand il les créa - peut apparaître comme une offrande sacrificielle. Mais quand le Seigneur dit : " Qui d'entre vous peut rendre noirs ses cheveux blancs, ou blancs ses cheveux noirs ? ", les voici qui en remontrent à Dieu. " Tenez, disent-elles, au lieu de blancs ou noirs, nous les rendons blonds, pour qu'ils aient plus de charme. " ...

 

Mais il faut sacrifier à la mode et la femme ainsi parée, grâce à l'habilité de ses coiffeuses, pouvait alors affronter les regards de ses pareilles et susciter l'admiration des passants. Stace, contemporain de Domitien déclare dans un des ses Silves :

" Vois donc la gloire de ce front et les estrades de sa chevelure "

 

C'est pourquoi, nous allons essayer de comprendre, à travers les exemples monétaires, la mode, souvent très compliquée, de la coiffure de la aristocratique féminine romaine et montrer que cette mode a varié selon les périodes de l'Empire.

 

-SOUS LES JULIO-CLAUDIENS, la mode reste simple.

Le catogan, sorte de noeud sur la nuque, est fort apprécié, notamment par Livie, femme d'Auguste (27 avJC- 14 ap JC).

Avec Agrippine mère (15 avJC-33 ap JC), s'y ajoute un goût affirmé pour les frisures.

-SOUS LES FLAVIENS,

la coiffure en " nid d'abeilles " ou en " diadème " apparaît. Les frisures constituent l'élément essentiel de la coiffure. On aime les grosses boucles ramenées sur le haut de la tête tandis que sur la nuque, les cheveux sont tirés en chignon.

 

 

 

Domitilla femme de Vespasien
 (69-79)

 
Julia Titi fille de Titus (79-81)
 

Domitia, femme de Domitien (81-96), garde le diadème mais abandonne le chignon.

-SOUS LES ANTONINS,

c'est la mode des nattes qui domine. Celles- ci sont ondulées contournant la nuque en revenant sur le front. Ce sont des femmes déjà mûres qui ont renoncé sinon à l'élégance du moins à la coquetterie.

Marciane, soeur de Trajan (98-117).

Plotine, femme de Trajan (98-117).

Sabine, femme d'Hadrien (117-138) dont le diadème s'abaisse et se divise.

Avec " Faustine mère ", femme d'Antonin le Pieux (138-161), le visage s'entoure d'ondulations et sur la nuque on peut remarquer une série de courtes nattes qui se superposent formant une petite toque cylindrique au sommet du crâne.

" Faustine fille ", femme de Marc-Aurèle (161-180), se contente de simples tresses encadrant le visage et les cheveux qui restent tirés en arrière.

Les numismates distinguent d'ailleurs les deux Faustine par la position de leur chignon. Faustine mère le porte sur le haut de la tête, tandis que sa fille sur la nuque.

 

Lucille, femme de Lucius Verus (161-169), conserve le chignon mais la coiffure est faite de rangées ondulées de nattes.

de même pour Crispine, femme de Commode (177-192).

-SOUS LES SEVERES,

avec les impératrices syriennes, les ondulations reprennent mais ells sont orientées horizontalement. Ces princesses syriennes vont faire preuve de beaucoup d'originalité dans leurs coiffures.

Julia Domna, femme de Septime Sévère (193-211), au profil encadré par les ondes d'une chevelure qui entoure la tête comme un casque et s'arrondit sur la nuque.
Cet alourdissement se fera moins sentir avec :

Plautille, femme de Caracalla (198-217).

Julia Paula première femme d'Elagabale (218-222).

Aquilia Severa deuxième femme d'Elagabale (218-222)

Annia Faustina troisième femme d'Elagabale (218-222)

Julia Soaemias mère

d'Elagabale (218-222)

 

Julia Maesa, soeur de Julia Domna, dont le chignon ressemble à une petite calotte.

 

Julia Mamée, fille de Julia Maesa et mère d'Alexandre Sévère (222-235).

Orbiane, femme d'Alexandre Sévère (222-235).

-PENDANT LA DEUXIEME MOITIE DU III° SIECLE,

surgit une mode nouvelle qui va durer jusqu'à la fin du siècle. Les cheveux sont coiffés au petit fer et les nattes se rassemblent à la base du cou en un gros chignon remontant jusqu'au sommet du crâne en cimier de casque.

Tranquilline, femme de Gordien III (238-244).

Otacilie, femme de Philippe I (244-249).

Etruscille, femme de Trajan-Dèce (249-251).

Cornelia Supera, femme d'Emilien (253).

Salonine, femme de Gallien (253-268).

Séverine, femme d'Aurèlien (270-275).

Magnia Urbica, femme de Carin (283-285).

-AU IV° SIECLE,

le goût des accessoires supplante celui de l'arrangement des nattes :

Héléne, première femme de Constance Chlore (305-306) et mère de Constantin le Grand (307-337), a des cheveux soigneusement ondulés et la boucle recouvrant la partie supérieure du bandeau d'orfévrerie affecte la forme d'un bonnet phrygien.

Fausta, femme de Constantin le Grand (307-337) reprend à son compte plusieurs expériences antérieures : ondulations, chignon, effet de casque.

-ENFIN AU IV° SIECLE,

les perles, les diadèmes font perdre tout intérêt pour l'ordonnancement de la coiffure. C'est là l'image uniforme que nous offre les impératrices suivantes :

Aelia Flacilla, première femme de Théodose I (379-395) et mère d'Arcadius et d'Honorius.

Eudoxia, femme d'Arcadius (383-408).

Galla Placidia, demi-soeur d'Arcadius et d'Honorius et femme

de Constance III (421).

 

Licinia Eudoxia, femme de Valentinien III (425-455).

-Ainsi, les quelques siècles d'Empire romain ont donné naissance à une grande varièté de coiffures et les monnaies ont insisté sur les savantes combinaisons permettant de mettre en évidence le profil de ces impératrices et l'évolution des modes.
 
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Textes et photos viennent du site du

Collège Jean MOULIN

TOULOUSE

Autorisation d'utilisation gracieusement donné par le secrétariat au nom de J.Maries-Ecarot, principale.

Merci.

Je vous invite tous à visiter leur site internet des plus agréable à l'adresse suivante :

http://www2.ac-toulouse.fr/col-jmoulin-toulouse/index.htm

 

Contrairement au photos et texte de mon site, les droits de cette page appartiennent au collège Jean Moulin de Toulouse.

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